Ce que tu nourris te consume

À propos de l’écriture de « Ne pas nourrir la bête » par Nina Hope

Je n’ai jamais voulu écrire un livre qui plaise.
Je voulais écrire un livre qui tranche.

Un texte sans ambition d’enlacer.
Un texte qui respire l’intérieur, même lorsque l’extérieur hurle.

On croit que l’on choisit ce que l’on fait.
Mais bien souvent, ce qui agit en nous, c’est ce que l’on a trop nourri.
Des injonctions anciennes.
Des fidélités muettes.
Des terreurs sans nom.

Et puis un jour, le corps ne suit plus.
L’élan tombe.
Le geste se fait vide.

On parle alors de fatigue, de lassitude, de passage.
Mais en vérité, c’est la bête qui a tout mangé.

Ce livre est né de là.
Pas d’un projet.
D’un étranglement.

Je ne pouvais plus vivre en nourrissant ce qui me tuait.
Ni céder à l’idée que refuser était un manque d’amour.
Alors j’ai écrit ce que je n’arrivais pas à dire.

Ne pas nourrir la bête n’est pas un cri.
C’est un fil tranché.
Une langue sans fard, sans masque, sans enjoliveur.
Un refus écrit à la main.

La bête n’a pas de visage.
Elle est ce qui prend trop de place sans en demander.
Ce qui exige sans bruit.
Ce que l’on alimente chaque jour sans s’en rendre compte :
par peur de manquer,
par peur de ne plus compter,
par peur de ne plus être utile.

Mais quelque part, on sait.

On sait que ce geste n’est plus libre.
Que cette parole, cette complaisance, cette tension… ne sont plus vivantes.
On sait, mais on continue.
Par automatisme.
Par loyauté.
Par peur de se perdre.

Écrire, ici, fut un acte de retrait volontaire.
Une manière de ne plus donner.
De ne plus offrir ce qui nous arrache.
De regarder la Bête.
Et de ne pas tendre la main.

Il n’y a pas d’héroïsme là-dedans.
Juste un retour.
Un refus sans haine.
Un silence entier.
Et la dignité de ceux qui ne veulent plus se consumer pour rester dans le monde.

Ce texte est pour elles.
Et pour eux.
Celles et ceux qui savent.
Même sans pouvoir encore le dire.

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