L’enfant qui faisait pousser le monde
« Chaque fois qu’il pensait à quelque chose, une pousse apparaissait.
Elle ne ressemblait pas à une plante, ni à une feuille, ni à une fleur.
Mais c’était bien une pousse.
Elle poussait un peu plus à chaque pensée.
Elle prenait de la place.
Et elle ne disparaissait pas.
Quand il regardait longtemps un souvenir triste, la pousse devenait sombre et collante.
Quand il pensait à quelque chose de doux, la pousse restait petite et légère.
Il comprit que certaines pensées faisaient pousser le monde.
Et que d’autres le recouvraient.
Alors il apprit à faire attention.
Non pas à penser moins.
Mais à penser avec douceur.«
Intention d’autrice
Je n’ai pas écrit ce livre pour expliquer quoi que ce soit.
Je l’ai écrit comme on plante une graine, sans savoir ce qui poussera.
Je crois qu’on oublie parfois que les pensées vivent.
Elles ne restent pas dans la tête. Elles traversent. Elles déposent. Elles forment un sol.
Il y a des jours où j’ai senti que ce que je regardais devenait plus dense.
Plus vaste ou plus lourd.
Alors j’ai commencé à faire attention à la façon dont je regarde.
Pas pour bien faire.
Mais pour ne pas me perdre.
Ce livre ne donne pas de méthode.
Il pose juste une question douce :
qu’est-ce que je nourris, sans m’en rendre compte ?
Je l’ai écrit pour les enfants qui pensent beaucoup.
Et pour les adultes qui n’ont jamais su quoi faire de leurs pensées.
