Naëros, l’enfant Orbe
Fragment I – Le Chant d’avant la rupture
« Avant que ne surgisse le désordre, il y avait un chant. Pas un chant fait de mots, mais une pulsation tissée dans le silence des chairs.
On l’appelait le Chant du Lien. Il ne se transmettait ni par voix, ni par souffle, mais par accord.
Chaque cellule le connaissait. C’était la mélodie de l’ensemble, la respiration subtile d’un être qui ne se sait pas encore fragmenté.
Naëros était l’un des veilleurs de ce chant. Ni maître, ni guide, un gardien discret du rythme. Il se tenait à l’orée des tissus, là où les frontières frémissent, et là, il écoutait.
Quand une cellule s’égarait, il murmurait.
Quand une faille s’ouvrait, il étendait sa lumière.
Quand l’ordre s’amenuisait, il vibrait un peu plus fort.
Mais il n’était pas un dieu. Il ne pouvait réparer l’oubli volontaire.
Et l’oubli vint. D’abord sous forme de fatigue, puis de décalage, puis de silence. Naëros attendit.
Il attendit le retour du regard, le retour du lien.
Mais on ne l’appela plus.
On accéléra.
On découpla les gestes de leur origine.
On oublia que le corps n’est pas une machine, mais une
communion de cellules confiantes.
Et dans ce vide nouveau, Naëros sentit quelque chose en lui se rompre.
Un fil. Un souffle. Une promesse ancienne.
C’est là que l’Orbe est né.
Non pas dans le mal. Mais dans l’abandon.
Dans le besoin de continuer à exister, même sans lien.
Dans le besoin d’être, même au prix du déséquilibre. »
Remerciements
Merci à celles et ceux qui savent encore écouter ce qui ne parle pas.
Merci à l’enfance qui persiste dans chaque battement.
Merci aux corps qui portent, aux mains qui frôlent, aux regards qui restent.
Merci à celles et ceux dont je tairai les noms ici, mais dont la présence, invisible, a traversé chaque fragment de ce livre.
Et merci à vous qui avez lu.
Vous êtes, par votre lecture même, une part du lien qui revient.
Nina Hope
