Gondii, juste Gondii

Bon.
Je me suis permis quelques ajustements.
Rien de grave, rassure-toi, des tests, en quelque sorte.
Un peu comme on secoue une branche avant de grimper dans l’arbre.
Je t’ai fait tourner la tête vers une vitrine sans raison. Pas celle que tu regardes d’habitude, non : une autre, terne, banale, presque triste. Tu t’y es vu dans le reflet du verre et tu as cru que tu vieillissais.
J’ai noté : très forte sensibilité aux reflets.
Ensuite, j’ai désactivé ton sens du rythme pendant trois secondes. Tu as traversé le passage piéton un demi-temps trop tard, juste assez pour que ton pas sonne faux, comme une phrase mal ponctuée.
Personne ne l’a remarqué. Sauf toi.
Tu as ralenti. Tu as regardé tes pieds. Tu t’es senti étranger à ta propre démarche.
Et moi, j’ai pensé : ce cerveau possède un doute magnifique.
Voilà comment commence toute belle relation : par un léger déréglage de la logique.

Il joue avec l’hôte comme un amoureux malicieux joue avec un cœur encore naïf.

Osez la contamination littéraire, votre cortex n’en sortira pas indemne !

Lettre de l’autrice

Pour la première édition de Gondii, juste Gondii.
J’ai écrit ce texte comme on surveille une fièvre.
Je voulais que ça monte doucement. Que ça se glisse.
Je ne cherchais pas une histoire. Je cherchais une contamination.
Quelque chose qui s’infiltrerait dans les interstices de la pensée, pas pour convaincre, mais pour reformater sans douleur.
Gondii est un parasite réel.
Il vit dans les chats, dans les rats, dans nous.
Mais moi, j’ai rencontré le mien un peu par accident.
Il m’a parlé à voix basse, depuis un article scientifique, un soir d’insomnie.
Et j’ai su : cette voix-là n’était pas seulement biologique. Elle était littéraire.
J’ai entendu quelque chose qui n’avait pas de corps, mais qui voulait aimer malgré tout.
Ce n’est pas un roman, au sens classique. C’est un monologue infectieux.
Un essai amoureux entre un être humain qui croit penser
et une voix interne qui recompose doucement la carte de ses décisions.
J’ai compris que nous sommes tous parasités.
Par d’autres.
Par nos biais.
Par notre passé.
Alors j’ai donné un nom à l’un d’eux : Gondii, juste Gondii.
Il est cruel.
Mais élégant.
Il est méthodique.
Mais amoureux.

Il veut exister, quelque part dans la lumière du cerveau de quelqu’un.

Je le comprends. Moi aussi, j’écris pour ça.

Gondii ne fait plus qu’observer.

Il commence à jouer. À tester. À éprouver. Pas méchamment, jamais frontalement, mais avec une curiosité amoureuse un peu dangereuse, et un goût de plus en plus assumé pour le pouvoir tendre.

Entrez dans la tête de votre parasite préféré avant qu’il n’entre dans la vôtre.