Tumulus, tout ce qui meurt devient colline
« Certains rêves refusent de mourir. Ils creusent la butte de l’intérieur, à la recherche d’un corps où renaître. Ils errent dans la terre comme des lucioles sans nuit, butent contre des parois de pierre, reviennent inlassablement au même endroit. Le veilleur les connaît. Il sent leur fatigue, leur obstination muette. Alors, parfois, il s’assied à même le sol, pose sa paume sur la terre, et écoute. Il ne fait rien. Il ne sauve pas. Il tient. Car ces rêves-là, même s’ils ne trouvent jamais de porteur, ont besoin d’être entendus. Leur vérité n’est pas dans l’accomplissement, mais dans le fait d’avoir existé, d’avoir insisté, d’avoir persisté. Et c’est peut-être cela, le plus humain : rêver sans témoin, espérer dans le noir, attendre sans fin et sans haine. Quand le veilleur se relève, il ne dit rien. Mais le tumulus, lui, retient. »
Prologue
Prologue – Tumulus, tout ce qui meurt devient colline.
« Il s’élève, ventre de terre gonflé d’os et de songes, comme si la colline elle-même avait décidé de se souvenir.
Chaque pierre, chaque poignée de glaise, porte le poids d’un adieu que personne n’a prononcé à voix haute.
On monte le tumulus pour domestiquer la mort , on y empile la douleur pour qu’elle devienne monument, pour qu’elle cesse de ramper sous la peau des vivants.
Dans le silence minéral, la butte semble respirer.
Elle gonfle ses flancs de siècles de vents, de cris oubliés, d’éclats de lunes.
Car le tumulus n’est pas un simple tas : il est un œil fermé, un globe de nuit qui guette les descendants.
Il raconte à chaque lever de brume que la mémoire n’est pas un fil, mais une masse : elle se tasse, elle s’enracine, elle résiste.
On pourrait croire qu’il endort le chagrin, il le creuse.
On voudrait y déposer la peur de mourir, il la reflète.
Dans ce sol cabossé, la vie et la mort se tiennent la main, fusionnent dans un pacte dont on ne se souvient jamais assez : rien ne disparaît, tout s’amoncelle, même la tendresse, même la rage.
Alors, autour du tumulus, on tourne, on s’arrête, on écoute le sol.
Et l’on comprend, à la lenteur de nos pas, qu’ici commence le royaume des ombres dignes, celles qui se tiennent droites sous la pluie. »
